Jour 51 : Interpénétrations

Elle porte les cheveux courts; elle a la mâchoire anguleuse et volontaire. Elle demande qu’on l’appelle : « Elle ». Elle passe beaucoup de temps à fixer des points dans l’espace. Je ne la connais que depuis peu, la nuit dernière en fait. Elle et lui, et moi. Je n’avais plus touché une femme depuis longtemps. J’avais oublié toutes ces petites différences, j’avais oublié la douceur de la peau et la moiteur, le goût âcre de la vulve, le désir subliminal d’y pénétrer tout entier et d’y régresser jusqu’à la division cellulaire. Je redécouvre les commissures et les promontoir de ma langue et de mes doigts. Elle est pourvue d’un long clitoris qui se dévoile au toucher et se développe dans l’espace.

À sa disposition : deux bouches, deux verges, quatre bras d’hommes pour la servir et se servir et s’enfoncer, l’un à la suite de l’autre et d’un seul et même souffle, dans le plaisir.

Il porte les cheveux longs; la quasi totalité de son corps est recouverte d’un poil dru, sombre et somptueux qui fait ressortir sa beauté profonde, précieuse. Ses yeux d’un brun de fin du monde captivent et ensorcellent, dirigent. Il est facile de s’agenouiller devant lui et c’est ce que je fais. Il veut mesurer ma gorge avec sa queue gorgée de tout le sang qu’elle a pu draîner. On la reconnaît entre mille : imposante, lourde, large, longue, droite, parcourue de veines larges et grasses que l’on prend plaisir à suivre du bout de la langue, des lèvres, des dents.

Je les observe se faire l’amour, lui et elle. Il y a tant de passion qui transpire d’eux que je me sens de trop. Ils se comprennent et se retrouvent dans cet acte amoureux qu’ils ont répété des centaines, des milliers de fois. Ils crient, ils halètent, ils pleurent, ils rient, nerveusement, aux éclats, avec complicité, avec cruauté. C’est l’acte le plus violent et le plus doux du monde. Les membres s’entrechoquent, les lèvres s’attachent à de smporceauxde peau à la manière des ventouses. Un mouvement anodin d’un doigt, d’une main, d’un hochement de tête, provoque un déferlement de râles et un tremblement de tout le système nerveux. Je n’arrive pas à détacher mon regard de cette scène monumentale qui a lieu devant moi. Après cinq ou dix minutes de cet aparté entre lui et elle, alors qu’il la pénètre encore, tous deux tournent la tête vers moi et m’invitent à approcher. Je ne me fais pas prier et pour la seconde fois, je m’agenouille – entre lui et elle, au point de rencontre de leurs sexes.

427 mots

Publicités

Commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s