Avocatier et révolution intérieure

Moi qui croyais dur comme fer que l’avocatier était une plante fragile, j’ai éprouvé leur résistance et je dois déclarer à la face de la planète tout entière que je m’étais trompé. L’avocatier est résilient à l’extrême. Après une infestation de cochenilles, je l’avais coupé jusqu’au tronc. Je n’espérais rien. J’avais déposé le pot où la terre séchait sur le bord de la fenêtre, à côté d’autres pots de terre en jachère, attendant qu’une plante-araignée y passe et choisisse d’y enfoncer ses racines.

C’est ce qui arrive (cette histoire déborde d’espoir et de leçons de vie) à peine quelques jours plus tard. Sans même la séparer de sa tige, j’enfonce la jeune pousse dans la terre et j’arrose le pot libéralement.

Je reviens d’un très long voyage intérieur qui m’a mené aux confins des frontières les plus effacées, les plus éloignées et c’est par les plantes, le rhizome résistant et invisible que je crée autour de moi, que je me reconstitue un être, présent à mon corps comme à la vie qui me porte. Bien des choses ont changé et les choses changent encore.

Dans les jours et les semaines qui suivent, j’abreuve régulièrement la nouvelle plante qui se développe à grande vitesse, et elle n’est pas la seule à se sentir confortable dans ce pot de terre : une apparence de nouvelle tige se dessine en bordure de la coupure du tronc. L’avocatier dévie, revit. Il s’élance vers la porte patio toute proche. Le vent constant bâtit son caractère. Il s’assouplit, se vivifie. Des feuilles étroites et résistantes, d’un verre profond et presque translucide forment un bouclier autour de la tige qui n’en finit pas de s’élancer.

Le fait est que je ne suis pas immobile au milieu de toutes ces révolutions. Moi aussi je change – je tremble en le disant parce que ce n’est pas une réalisation évidente. Je ne me rends pas compte moi-même de l’importance des transformations qui me secouent l’intérieur.

L’avocatier n’a jamais été en meilleure forme qu’après avoir été torturé, assassiné sauvagement et abandonné à la sécheresse et la poussière.

Moi aussi je dévie; moi aussi je revis.

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